La déchéance d’un homme relate la descente en enfer lente et douloureuse d’un auteur raté. Retrouvez ma chronique sur le quotidien d’un homme qui creuse sa propre tombe à chaque chapitre.
> I N F O R M A T I O N S
La déchéance d’un homme (人間失格) est un seinen en 3 tomes de ITO Junji éditée par Delcourt/Tonkam en 2021. Le récit est une adaptation de l’œuvre originale du même nom de Dazai Osamu. Il est aussi l’auteur d’un grand nombre d’œuvres dont les plus connues sont Tomie, Gyo, Spirale et Soichi entre autres.
> R É S U M É
Le bonheur des gens qui l’entourent dépasse son entendement. Malgré cela, le regard que ceux-ci portent sur lui est loin de le laisser indifférent. Yôzô Oba en souffre énormément. Pour s’en prémunir, quoi de mieux que de se transformer en bouffon ? C’est en tout cas ainsi qu’il affronte les jours qui passent, en se dévouant corps et âme à ce rôle de clown empli de souffrance.

> C H R O N I Q U E
La déchéance d’un homme est une adaptation d’une des œuvres les plus connues de l’écrivain japonais Dazai Osamu. L’histoire originale n’est donc pas de Ito Junji, même si je pense qu’il a pris quelques libertés ici et là. Je n’ai pas lu l’œuvre originale, je ne pourrais donc pas faire comparatif entre les deux.
Des traumatismes profonds pendant l’enfance
Tout au long de ces trois tomes, nous suivons la vie de manière chronologique de Oba Yôzô, de son enfance, passant par son adolescence et sa vie d’adulte, pour arriver à un âge avancé. Issu d’une famille aisée, on pourrait penser que le jeune maître vit une vie paisible, loin de la souffrance et de tous les dangers. Cependant, on y découvre tout l’inverse. Yôzô est abusé physiquement par ses servants, hommes et femmes, sur le long terme. Pour cacher sa honte, le jeune maître garde ça pour lui et extériorise ses souffrances par l’humour. Il fait le pitre autant chez lui qu’à l’école, arbore des sourires de façades alors qu’au fond il souffre en silence. Seulement tout bascule pour lui au moment où quelqu’un voit clair à travers son faux sourire. Le jeune homme a l’impression d’être démasqué, d’être mis à nu et commence à paniquer. Au lieu de penser avoir trouvé une âme pouvant l’écouter ou le soutenir, il a l’impression de devoir « supprimer » cette menace. Cette personne met en péril tout ce qu’il a construit pour se protéger et oublié depuis le début de ses traumatismes.
Pardonnable mais jusqu’où ?
Avec ce qu’il a vécu pendant l’enfance, au début on pardonne facilement à Yôzô pour son comportement. On lui trouve facilement des excuses parce qu’il essaye juste de se protéger. Cependant, Yôzô se sert plutôt de ce qu’il a vécu pour faire le mal autour de lui. Pas forcément de manière volontaire et préméditée mais inconsciemment intentionnelle. Comme il n’arrive pas à évoluer, à construire des choses, à tout simplement avancer, il rejette la faute sur tout ce qui l’entoure. Femmes, hommes, ami(e)s, connaissances, collègues, épouse, tout y passe. Plus on avance dans le récit, plus on a cette impression que Yôzô se complait dans sa propre médiocrité. Il ne cherche pas à s’en sortir, il cherche à faire tomber les autres avec lui. Certaines personnes ont beau lui apporter un grand soutien, Yôzô balance tout d’un revers de la main.
Renoncement
Yôzô renonce à sa vie, à lui-même, à sa famille, à son travail, à tout ce qui l’entoure. Parfois de manières littérales et d’autres de manières figurées. Il renonce à évoluer, à changer en mieux, à se remettre en question et se sortir les doigts du derrière pour changer sa misérable vie. Mais non, l’homme ne tente rien, il attend seulement que tout lui tombe dans le bec. Quand ça devient un tant soit peu difficile, il abandonne et fuit ses responsabilités. Comme il a un physique bien fait et qu’il a cet air d’homme perdu, les femmes tombent sous son charme en se disant chacune « je serais celle qui le sauvera ». Sauf qu’il ne peut pas être sauver car il ne le veut tout simplement pas.
La déchéance d’un homme
C’est frustrant en tant que lecteur de voir une personne baisser les bras, s’en plaindre et de ne rien faire pour changer son destin. Au final, la fin correspond à la vie misérable que Yôzô a vécu. C’est une bonne lecture dans le sens où les émotions sont très bien transmises à travers les dessins. Ils affichent vraiment le désarroi et la capitulation de Yôzô au cours du temps pour en arriver à la conclusion de sa vie. Cependant, le manque d’évolution du personnage est tellement frustrant que je n’arrive pas à savoir ce que je pense de cette lecture. J’ai aimé les diverses émotions transmises à travers les dessins, les personnages mais en même temps voir que le héros se complait dans la médiocrité est une chose énervante.



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